Au fond des étroites allées du marché de Boffa, saturées d'épices enivrantes et affolantes, elle marchait d'un pas altier et royal.
Devant elle s'écartait la foule respectueuse et craintive, attentive à ne pas croiser son regard de déesse.
Au hasard d'une rue, elle choisit la pénombre mystérieuse et envoûtante d'un dédale offert à l'inconnu;
D'un geste sec, elle laissa son escorte officielle et d'un regard assombri dévisagea les badauds qui la cernaient.
Elle aimait les yeux noirs, les puits faits d'un millier de gouffre et c'est ainsi qu'elle s'aventura au sein du quartier des pauvres escortée de trois hommes.
Ils la suivaient en silence, leurs pas dans les siens, réceptifs au lourd parfum capiteux qu'elle essaimait dans son sillage.
L'un venait de Grenade. Il avait connu le charme suave et suranné des farouches et incessibles Ibères... Les deux autres, d'Athènes, ne juraient que par l'eau glacée du regard des vestales, ces farouches Parques helléniques, insensibles pythies consommant les destins tourmentés des pauvres mortels.
Mais aucun d'entre eux, jamais, n'avait suivi une femme aussi dangereuse, aussi insaisissable, aussi fatale.
D'un geste nonchalant, elle lissait la soie moirée à portée de ses mains, caressait les cuivres savamment martelés, plongeait ses mains dans les coriandre, safran et autres joyaux d'Istanbul.
Elle marchait, incertaine du chemin à prendre, désireuse de tout vivre, de tout tenter, de tout goûter, de s'exiler de son destin tout tracé.
Eux marchaient à sa suite, ombres de son ombre, souffles de son souffle, avides de suivre son chemin au risque que celui ci les mena au néant.
Combien de temps dérivèrent-ils dans les étroits passages qui s'enfonçaient au coeur de la ville mystérieuse?
L'obsédante silhouette les menait au delà d'eux-même, au delà des repères qui les avaient guidés jusqu'à cet instant là.
Ils la suivaient, abandonnant toute mesure, toute entrave, ils la suivaient dans sa descente aux Enfers. Ils retraçaient le chemin qu'Eurydice avait parcouru suivant Orphée...
A la différence suprême que la délivrance n'était pas forcément au bout de cette ruelle...
Et le terme du labyrinthe vint brutalement fracasser leur errance au pied d'une monumentale porte ouvragée.
La femme cogna deux coups secs et le ventail s'entrouvrit.
Des regards furent échangés.
Quelques paroles indistinctes vinrent s'échouer contre le bois qui grinça lorsque la lourde porte s'échancra, laissant entr'apercevoir un jardin paradisiaque.
Alors, pour la première fois depuis qu'elle les avait choisis la femme se retourna vers eux et plongea son regard d'ambre en fusion en chacun d'eux.
Que leur soufflait-elle dans le feu de son regard?
Aucun d'entre eux ne sut le dire en passant le portail ouvragé.
Seuls les derniers mots leurs parvinrent avec le claquement du verrou derrière leur dos, glas de leur liberté comme de leur vie
"Bienvenus dans mon sérail", leur souffla la Mort de sa voix d'outre tombe.
Ysatis
Devant elle s'écartait la foule respectueuse et craintive, attentive à ne pas croiser son regard de déesse.
Au hasard d'une rue, elle choisit la pénombre mystérieuse et envoûtante d'un dédale offert à l'inconnu;
D'un geste sec, elle laissa son escorte officielle et d'un regard assombri dévisagea les badauds qui la cernaient.
Elle aimait les yeux noirs, les puits faits d'un millier de gouffre et c'est ainsi qu'elle s'aventura au sein du quartier des pauvres escortée de trois hommes.
Ils la suivaient en silence, leurs pas dans les siens, réceptifs au lourd parfum capiteux qu'elle essaimait dans son sillage.
L'un venait de Grenade. Il avait connu le charme suave et suranné des farouches et incessibles Ibères... Les deux autres, d'Athènes, ne juraient que par l'eau glacée du regard des vestales, ces farouches Parques helléniques, insensibles pythies consommant les destins tourmentés des pauvres mortels.
Mais aucun d'entre eux, jamais, n'avait suivi une femme aussi dangereuse, aussi insaisissable, aussi fatale.
D'un geste nonchalant, elle lissait la soie moirée à portée de ses mains, caressait les cuivres savamment martelés, plongeait ses mains dans les coriandre, safran et autres joyaux d'Istanbul.
Elle marchait, incertaine du chemin à prendre, désireuse de tout vivre, de tout tenter, de tout goûter, de s'exiler de son destin tout tracé.
Eux marchaient à sa suite, ombres de son ombre, souffles de son souffle, avides de suivre son chemin au risque que celui ci les mena au néant.
Combien de temps dérivèrent-ils dans les étroits passages qui s'enfonçaient au coeur de la ville mystérieuse?
L'obsédante silhouette les menait au delà d'eux-même, au delà des repères qui les avaient guidés jusqu'à cet instant là.
Ils la suivaient, abandonnant toute mesure, toute entrave, ils la suivaient dans sa descente aux Enfers. Ils retraçaient le chemin qu'Eurydice avait parcouru suivant Orphée...
A la différence suprême que la délivrance n'était pas forcément au bout de cette ruelle...
Et le terme du labyrinthe vint brutalement fracasser leur errance au pied d'une monumentale porte ouvragée.
La femme cogna deux coups secs et le ventail s'entrouvrit.
Des regards furent échangés.
Quelques paroles indistinctes vinrent s'échouer contre le bois qui grinça lorsque la lourde porte s'échancra, laissant entr'apercevoir un jardin paradisiaque.
Alors, pour la première fois depuis qu'elle les avait choisis la femme se retourna vers eux et plongea son regard d'ambre en fusion en chacun d'eux.
Que leur soufflait-elle dans le feu de son regard?
Aucun d'entre eux ne sut le dire en passant le portail ouvragé.
Seuls les derniers mots leurs parvinrent avec le claquement du verrou derrière leur dos, glas de leur liberté comme de leur vie
"Bienvenus dans mon sérail", leur souffla la Mort de sa voix d'outre tombe.
Ysatis




