Sur les bords du Loch Ness
Vaste étendue aquatique où le ciel se confond à l'eau
dans le gris uniforme de ce brouillard impénétrable.
Les murmures s'étouffent dans l'épais manteau
qui emprisonne les rives d'un voile inexorable.
Cheminant dans le silence, engluée dans la toile
des légendes d'autrefois, si présentes en ce lieu,
j'ourdis de sombres pensées en les ruines féodales
d'Urquhart, immense, sombre et silencieux.
J'écoute, attentive, les bruits qui ne viennent pas;
les ombres qui cheminent avec moi, je ne les vois pas.
Je suis seule, au sein de l'ample multitude de ces spectres
entachés de néant dans cette brume qui me guette.
Est ce mon coeur, ce battement sourd, régulier
un quelconque tambour grondant dans l'obscurité?
Tout en moi résonne en folle et avide réceptivité
à m'engager plus loin au coeur de l'immensité...
L'eau est à proximité, je le sais, je la sens, je l'entends
au clapotis qui maintenant cerne mon horizon aveugle.
Avancer, encore? Demeurer au bord de l'espace meuble?
La voix qui m'appelle est elle salvatrice ou tourment?
Le Loch s'étend à mes pieds et je ne le vois pas;
le danger en vérité, où se trouve t il ailleurs qu'en moi?
Le monstre qui le peuple est il fait de toutes nos peurs
ancestrales, viscérales, inexpugnables frayeurs?
Je me laisse bercer par toutes mes pulsions meurtrières
mais je sais qu'en moi demeure inébranlable la lumière;
quelle que soit l'ombre qui s'approche de la berge,
ma foi, mon amour, mes espoirs me protègent.
Le brouillard qui s'étend au pied des murailles,
cachant aux yeux profanes le sceptre dans la faille,
je m'en vêtirai, comme un manteau éphémère
pour le rejeter au delà de l'astre solaire.
Les ondes aquatiques irradieront de tous leurs feux;
les frondaisons perdues au dessus du loch scintilleront,
les mortels aux spectres murmureront leurs adieux;
à la vie je reviendrai dans la clarté et la raison.
Ruines d'Urquhart
12/08/04